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Mai/Juin 2003
Vol. 35, no 3
ISSN 1492-4684

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Dans les coulisses de l'alphabet : donner forme à l'exposition Au-delà des lettres

Jeffrey Canton, conservateur spécial

Les abécédaires sont une partie intégrale de la culture de la littérature de jeunesse. À un certain niveau, ce sont des instruments strictement pédagogiques qui aident les enfants à faire leurs premiers pas dans le monde des mots. Mais les abécédaires doivent être beaucoup plus que du matériel pédagogique. Après tout, chaque abécédaire reprend la même disposition suivie par chaque autre abécédaire guidant les jeunes lecteurs à travers les 26 lettres qui forment notre alphabet. Un abécédaire qui s'éloigne de cette configuration linguistique strictement linéaire et logique serait virtuellement dénué de sens. Alors, à un autre niveau, les abécédaires doivent entraîner les lecteurs au-delà des lettres.

Pendant plus de 150 ans, les créateurs canadiens ont été aux prises avec les façons de pousser l'expérience de l'abécédaire au-delà de la seule pédagogie. Il existe beaucoup d'exemples d'abécédaires strictement pédagogiques dans les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada, dont plusieurs furent publiés au cours du siècle avant An Illustrated Comic Alphabet d'Amelia Frances Howard-Gibbon en 1859, le plus ancien abécédaire inclus dans l'exposition. Ce qui rend cet abécédaire différent de ses prédécesseurs, c'est le fait de prendre une rime traditionnelle et de lui donner un air original en utilisant des illustrations débordant d'humour désinvolte.

Les abécédaires pédagogiques de base dans les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada sont publiés à la fois en anglais et en français mais, dans la plupart des cas, l'alphabet n’est seulement qu’un inventaire de « choses de la vie » dont le jeune esprit a besoin pour apprendre à vivre dans le monde. Ces abécédaires incluent aussi des chiffriers et des guides pour la prononciation des voyelles, mais aucun imagination n’entre en jeu ici. Les approches sont exactement les mêmes dans les deux langues et, pour la plus grande partie, il n'y a rien qui distingue l'une de l'autre.

Premières étapes

Je m'étais attendu à trouver des centaines d'exemples d'abécédaires canadiens créatifs quand j'ai commencé à examiner les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada. Mais tel ne fut pas le cas. Il y avait des douzaines d'abécédaires datant des années 1770, mais, à l'exception du An Illustrated Comic Alphabet d'Howard-Gibbon, le genre est tel que nous le connaissons aujourd'hui avec son point central sur le jeu inventif allant au-delà des lettres, et il ne fit vraiment pas partie du jeu avant 1931, alors que Ryerson Press publia A Canadian Child’s ABC de R.K. Gordon et Thoreau MacDonald.

Dans la collection de la Bibliothèque et des Archives du Canada, il existe aussi des exemples d'autres types parmi les premiers abécédaires. Le Canada Games Company, par exemple, fit une production massive tout au long des années 1920 et 1930, utilisant très probablement des plaques américaines, de nombreux abécédaires illustrés qui reprennent les gestes de l'abécédaire courant, mais il n'y a rien qui les fait ressortir comme étant canadiens. À cause de cela, également, ces livres ne sauraient vraiment être classifiés comme de la littérature, alors qu'ils ne semblent avoir ni auteur ni illustrateur. Il existe des abécédaires produits par des entreprises comme la George Wood and Company de London, en Ontario, la Dry Good Merchants qui produisit A Child’s Own ABC en 1894, ainsi que des cadeaux aux clients de nombreuses compagnies d'assurance incluant l’ABC of Good Conduct de la compagnie London Life en 1932. Mais il n'existe aucune puissance imaginative dans ces abécédaires.

Le début de quelque chose de nouveau

Tout cela change avec la publication en 1931 de A Canadian Child’s ABC de Gordon et MacDonald's et en 1933 du ABC des petits Canadiens : Rimes historiques, de Maxine, qui tout deux se distinguent dans leur approche en tant qu'abécédaires. Dans le développement de la littérature de jeunesse anglophone et francophone au Canada, il est intéressant de noter qu'en ce temps-là, peut-être après que la fierté nationale eut augmenté à la suite du 60anniversaire de la Confédération : un sens qu'il est important de transmettre aux enfants grâce aux livres qu'on crée pour eux, le sens de notre identité nationale et la fierté d'être canadien. La gendarmerie royale, les castors, le hockey et la colline parlementaire sont intégrés par Gordon et MacDonald à la vision du Canada pour le jeune lecteur canadien. Maxine offre à ses lecteurs non seulement une ouverture dans le passé francophone, parmi lesquels des personnages historiques importants et des points d'intérêt géographique bien connus, mais les lecteurs trouveront aussi les chutes Niagara, les Rocheuses et « Victoria au bord du Pacifique ». La lettre H représente nettement l'« hymne » « Ô Canada! Terre de nos aïeux ! » Il y a aussi une bonne interprétation de la nature sauvage canadienne, y compris nos forêts, la noblesse de notre orignal et bien sûr, la feuille d'érable.

Et après

Si l'approche d'Amelia Frances Howard-Gibbon du milieu du 19e siècle infuse une bonne humeur énergique et un sens spirituel du jeu entre le texte et les illustrations dans l'abécédaire, et que les abécédaires de Gordon et MacDonald et de Maxine du début du 20e siècle offrent une aide cordiale à la fierté nationale, ce n'est pas avant 1969 que les abécédaires canadiens tels que nous les connaissons ont vraiment commencé à se démarquer. À partir de ce moment, l'abécédaire s'est fait pressentir comme une forme littéraire unique; et l'exposition inclut un certain nombre d'exemples de livres qui reflètent nos valeurs, nos cultures et notre identité nationale. Pourquoi en 1969 ? À la Noël de 1968, l'University of Toronto Press produisit l'Alphabet Book, utilisant des illustrations créées par des enfants de la réserve autochtone de Kettle Point. L'année suivante, Ryerson publia une édition commerciale. Il existe quelque chose de très vivifiant au sujet d’un alphabet créé par des enfants; il nous révèle leur perception des abécédaires. Il y a le K qui représente une bouilloire (kettle), quelque chose qui a toutes les chances de constituer une partie et une parcelle de la vie quotidienne dans ces maisons d'enfants  -  un objet merveilleusement douillet et profondément réconfortant. Et M est pour sir John A. MacDonald !  -  affublé d'une chevelure ébouriffée, d’une minuscule moustache, et de petits bras ressemblant à des nageoires, dont l'illustrateur l'a pourvu. T pour tortue combine un groupe d'enfants attentifs qui arborent des nattes, des franges et des coiffures de la fin des années 1960 avec une tortue qui semble un peu comme pouvant seulement soulever le monde, comme elle le fait dans la mythologie autochtone. Les illustrations noir et blanc originales du livre se trouvent dans les collections de la Bibliothèque des et Archives du Canada.

Des trésors

L'une des choses les plus excitantes dans la préparation de l'exposition Au-delà des lettres fut l'occasion d'explorer les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada et, en particulier, d'avoir la chance de voir des illustrations originales non seulement de l'Alphabet Book, mais aussi des classiques canadiens tels que l’ABC d'Elizabeth Cleaver, le By the Sea d'Ann Blades et l’Alphabet de Roger Paré. Le fait d'avoir l’occasion de jeter un coup d'œil sur les documents de Cleaver et de Blades fut également exaltant. J'étais à même de voir les nombreuses listes de mots potentiels que Cleaver compila avant d’élaborer à son abécédaire; les lettres de son éditeur de Oxford University Press, William Toye, répondant à son projet; tout comme les brouillons de quelques-unes des illustrations qui nous mènent au processus de l'illustration. Les illustrations originales de collages scintillant des couleurs vibrantes que Cleaver fit siennes, un livre après l'autre. Il existe une série de pages de garde possibles qui nous montrent l'artiste au travail essayant de trouver le bon lavis de couleurs pour susciter l'imagination, même celle des plus jeunes lecteurs.

Les documents d'Ann Blades nous montrent comment son livre en vint à exister, y compris les lettres échangées avec son éditeur, Kids Can Press, ses propres listes de mots et sa recherche dans le genre qui inclut des listes de mots du Illustrated Comic Alphabet d'Amelia Frances Howard-Gibbon tout comme un certain nombre d'autres.

Les illustrations originales de Paré sont d'énormes peintures grand format qui traduisent brillamment les histoires complexes qui sont au cœur de cet Alphabet inventif. Par exemple, deux jeunes acrobates jonglent avec un abricot sur les ailes d'un avion alors que le pilote intrépide essaie de maintenir l'équilibre de ce tout petit avion.

Ces collections uniques de la Bibliothèque des Archives du Canada, qui incluent des ébauches au crayon, des maquettes pour des tests et des aquarelles originales saisissantes, donnent du sens à la question : comment un artiste arrive-t-il à « visualiser » l'abécédaire à créer ?

Amener l'exposition au-delà des lettres

Comment donner forme à plus de 150 ans d'abécédaires de création canadienne fut certainement un défi, mais alors que j'examinais les livres en anglais et en français, une structure commença à se laisser sous-entendre d'elle-même. Si l'abécédaire d'Howard-Gibbon toucha une note espiègle et si ceux de Gordon et MacDonald et de Maxine touchèrent des tonalités plus nationalistes, peut-être qu'il était possible de voir ces deux fils conducteurs comme donnant forme aux abécédaires qui apparurent dans leur sillage. Beyond the Letters essaie de ne faire que cela, découvrir à travers les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada la façon dont les créateurs canadiens ont exprimé notre sens d'identité, notre sens imaginatif du jeu et notre capacité d'élever cette pierre angulaire de la littéraire de jeunesse à des plans nouveaux et inventifs. Les collections de la Bibliothèque et des Archives du Canada fournissent aux Canadiens une chance de rendre compte des développements dans ce genre créatif, le point de départ de vies de lecture de tant d’entre nous.

« En dernière analyse, bien sûr, tous ces abécédaires sont manifestement canadiens. Leurs auteurs englobent l’image de ce que nous savons de nous-mêmes en tant que Canadiens ainsi que la façon dont nous aimerions être perçus ici et à l’étranger. Ils exploitent avec bonheur notre don pour l’humour et notre plaisir des jeux de mots. Ils expriment visuellement les merveilles de notre paysage et les profondeurs de notre lien avec notre sens du chez-soi. Certains d’entre eux sont un peu trop sérieux, trop modestes, mais n’est-ce pas typiquement canadien ? Ils partagent tous le désir ardent de lier la vie des jeunes au pouvoir des livres et de la lecture. C’est cette passion qui a poussé les écrivains et les artistes depuis qu’Amelia Frances Howard-Gibbon a commencé les illustrations de son alphabet comique en 1859. C’est encore elle qui nous stimule. » (Catalogue de l'exposition Au-delà des lettres)

La Bibliothèque et les Archives du Canada et ses collections nous emmènent certainement au-delà des lettres et dans une partie de notre littérature de jeunesse des plus passionnantes, mais trop souvent oubliée.

Au-delà des lettres se tient du 26 mai au 21 juillet 2003, dans la Salle d'exposition D. L'exposition est ouverte de 9 h à 22 h, sept jours sur sept, et l'entrée est libre. Un site Web mettant en valeur les abécédaires est également accessible à www.collectionscanada.ca/abc/.