Points de vue sur la guerre |
Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.
Entrevue avec Leo Lasner : 22e Bataillon
Extrait de transcription, 2 minutes, 50 secondes
Q. Vous étiez dans la mêlée, non? Je n'ai jamais entendu de récit relatif à la bataille de Cherisey. Voulez-vous m'en parler?
R. J'ai seulement été attaché à cette compagnie, et il en restait beaucoup d'autres. Lorsque j'ai été blessé, le major Vanier était en train de me donner des ordres. J'étais dans un trou d'obus, sur le côté du trou. J'ai été touché par derrière, et je crois que la baïonnette est passée très près de moi. Le major a dit : « Bon, ça va, vous avez une bonne blessure. » Et il a ajouté : « Vous ferez l'Angleterre », puis il m'a dit d'être prudent dans les barrages allemands, et ainsi de suite, et d'attendre un peu avant de me lever. Il est parti, et j'ai appris qu'à 75 verges de là, il a perdu sa jambe.
Q. C'était à quel moment?
R. En août 1918. Je crois qu'on était le 27 août.
Q. Vous étiez alors un soldat d'expérience, non?
R. Non, je crois que c'est juste la chance.
Q. Alors vous croyez avoir eu de la chance?
R. On doit le prendre comme cela. C'est ainsi que je le comprends. On a un destin déjà tracé, et on doit l'accomplir. Si on doit se faire tuer… j'avais un copain qui avait passé beaucoup de temps dans les tranchées, 22 mois, et s'en est sorti sans une égratignure. Il a eu son congé quand nous étions à Brighton, et nous sommes allés prendre une bière. Nous traversions la rue lorsqu'il a été heurté par une voiture, et deux jours après, il était mort. Le pauvre diable avait passé 22 mois sans se faire égratigner. Vous voyez bien, on a chacun son destin. Lorsque le moment est arrivé, peu importe ce qu'on fait, on n'y échappe pas.
Q. Donc, vous êtes allé à la guerre sans avoir peur du tout, non?
R. Eh bien, si j'avais à me faire tuer, ce serait arrivé.
Q. Vous n'avez jamais eu peur?
R. Oh, oui, ç'est arrivé. Aucun homme n'échappe à la peur. Un jour, un obus explose devant vous, et vous en riez. Et à un autre moment, un obus peut éclater à deux milles de vous, vous ne courez aucun danger, mais vous faites une crise de nerfs.
Q. Si ce n'est qu'une question de destin, alors ce qui se passe n'est pas important.
R. Ce qui se passe n'a pas d'importance. Les nerfs et les os tremblent malgré soi. On ne peut pas définir la mort tout le temps, mais on peut l'envisager de telle façon que, une fois le temps venu, on s'en accommode. Mais il arrive que parfois, on ne veuille pas mourir.